Vous ne regarderez pas l’exposition (v1)

You won’t be watching the exhibition (2014)

Intention Lien vers cette section : Intention

Des notes manuscrites révèlent l’interrogation d’un auteur qui s’adresse à une passante idéalisée en quête d’une rencontre, passante qu’il ne croisera sans doute jamais.

Cette série pose la question, sous la forme d’interventions visuelles, des liens que nous établissons avec une œuvre présentée dans un contexte donné. Quels sont les implicites qui me permettent d’évaluer telle ou telle proposition comme acceptable, étant donné le ready-made, le pop art anglais, l’art conceptuel...

Voir également :

Vous ne regarderez pas l’exposition Lien vers cette section : Vous ne regarderez pas l’exposition

Vous ne regarderez pas l’exposition. Sauf quand on l’exigera de vous.

Vous oublierez.

Que c’est une exposition. Vous l’oublierez.

Vous oublierez aussi que c’est un jardin mais surtout vous oublierez ce que l’on attend de vous.

Vous demandez : regardez quoi ?

On vous dit, et bien, on vous dit ce mur de briques rouges, cette vigne vierge qui tente en vain de s’y agripper, ces pierres au sol, ces papiers colorés, ces oiseaux qui sifflent, ces grands arbres dans le ciel.

Ecoutez. Si vous ne regardiez pas ce qui se présente à vous, cela se verrait. Et l’exposition se viderait.

Ce que vous êtes en train de voir là, le mur de briques rouges, le ciel derrière les arbres, le chemin qui monte, les objets présentés, les cassis, vous ne l’avez jamais vu, jamais regardé.

Vous penserez que ceci qui va se passer est inaugural comme l’est d’elle-même votre propre vie à chaque seconde de son déroulement. Que dans le déroulement milliardaire des humains autour de vous, vous êtes seule à tenir lieu de vous-même dans ce moment-là de l’exposition qui se fait.

Vous penserez que c’est moi qui vous ai choisie. Moi. Vous.

Vous penserez à vous, mais comme à ce mur, ce chemin, ces arbres.

Vous avancez. Vous marchez comme vous le faites quand vous êtes seule et que vous croyez que quelqu’un vous regarde. Si seule.

Je voulais vous dire : l’exposition croit pouvoir justifier ce que vous faites en ce moment. Mais vous, de là où vous êtes, ou que ce soit, que vous soyez partie liée avec la terre, ou le vent, ou le mur, ou les arbres, vous vous rendez compte que l’exposition ne peut pas.

Passez outre. Laissez. Avancez.

Vous verrez, tout viendra à partir de votre déplacement sur le chemin, après les arbres, du déplacement de votre corps dont vous aurez pensé jusqu’à cet instant qu’il était naturel.

Vous l’avez fait.

Vous êtes sortie du champ de l’exposition.

Vous êtes absente.

Après votre départ votre absence est survenue, elle a été observée comme tout à l’heure votre présence.

Votre vie s’est éloignée.

Votre seule absence reste, elle est sans épaisseur aucune désormais, sans possibilité aucune de s’y frayer une voie, d’y succomber de désir.

Vous n’êtes plus nulle part précisément.

Rien n’arrive plus que cette absence noyée dans le regret et qui sera à ce point sans descendance qu’on pourra en pleurer. Ne vous laisser pas envahir par ces pleurs, par cette peine.

Non.

Continuez à oubliez, à ignorer et le devenir de tout ceci et celui de vous-même.

Informations

Ces notes reprennent librement le texte de Marguerite Duras - L’homme atlantique, où elle s’interroge sur la place de l’acteur dans le champ de la caméra -, pour questionner la place du regardeur dans le champ de l’art.

Encre sur post-it, dimensions variables

Auvers-sur-Oise, l’art dans les jardins, 2014

Photographies : christophe le françois

Pour prolonger

  • Cités rêvées ?

    Dream cities ? 2019

    Exposition à la galerie d’art contemporain de la ville d’Auvers-sur-Oise, octobre/novembre 2019

  • Peaux de chose

    Robe

    J’ai commencé une collection en 2020, juste après la pandémie de Covid. Pour l’instant elle se compose de quatre modèles, d’autres sont en préparation. Les thèmes abordés : l’environnement, les activités humaines, le climat, les animaux en voie de disparition, les femmes et les libertés. Je présente pour l’exposition « Le feu au lac » : Peaux de chose de la collection, tendance Espèces menacées

  • Carré blanc sur fond Pollock

    Carré blanc sur fond Pollock

    White square on Pollock background (2023)

    Une œuvre qui joue avec deux icônes de l’art moderne et contemporain, en l’occurrence « Carré blanc sur fond blanc » de Malevitch, et le dripping de Jackson Pollock.

  • Peaux de chose, dans l'espace des calandres (Photographie Christophe Le François)

    Collection, tendance Espèces menacées

    Quatrième proposition : Peaux de chose

    "Robe animale" créée et composée de photographies de peaux, fourrures, pelages, plumages, carapaces, d’animaux en voie de disparition ou disparus, imprimées sur tissu.